dimanche 7 septembre 2014

Qui est Georges Haswani : le lien entre Assad et l'Etat Islamique.

Pendant longtemps, on a communément admis que l'avènement de l'état islamique (EI) était dû au soutien financier provenant de donneurs [issus des monarchies] du Golfe. Toutefois, on a établi au cours de l'année écoulée que l'EI obtenait des revenus bien plus substantiels par d'autres canaux, et en particulier grâce à la vente du pétrole provenant des champs dont il s'est emparé dans l'est de la Syrie. Le comble est que l'EI vend ce pétrole au régime d'Assad. Cet échange financier n'est qu'un aspect de la collaboration tacite et opportuniste entre Bachar El-Assad et l'EI. 

Un reportage sur le site d'information libanais IMLebanon.org a ajouté plus d'information sur le sujet, en écornant davantage le discours habituel sur les liens entre Assad et l'EI. Les auteurs de l'article prétendent avoir identifié l'intermédiaire entre le régime et les terroristes. Selon eux, cet intermédiaire est Georges Haswani, un homme d'affaire grec orthodoxe, originaire de la ville de Yabrouk proche de la frontière entre la Syrie et le Liban. Selon l'article, Haswani "aurait été capable de créer une entente avec le groupe [terroriste] qui a abouti à un accord sur le transport du brut depuis les gisements appartenant au régime et dont il s'est emparé", Haswani supervise lui même le paiement en argent liquide et par virement bancaire.

Le nom d'Haswani est apparu fin 2013 début 2014, lorsqu'il a joué le rôle de médiateur dans la libération des religieuses détenues par le Jabhat al-Nusra à Yabroud. On décrivait alors Haswani comme ayant des "liens étroits avec le régime d'Assad" et des "liens personnels très forts" avec Assad lui-même.


Un des commandants des rebelles syriens disait l'année dernière à la journaliste Deborah Amos que Haswani "dirigeait une entreprise de construction dans l'industrie pétrolière qui avait des liens avec Moscou". En mars, le site All4Syria proche de l'opposition syrienne fournissait plus d'informations sur le business d'Haswani et ses liens avec Moscou ; ces informations ont été obtenues auprès de l'un des ses anciens collaborateurs. Haswani était le Directeur Général Adjointde la raffinerie Banias. Il a étudié en Russie, où il a épousé sa première femme. Pendant qu'il était en Russie il a tissé des liens avec des individus, "dont certains", selon la source du site All4Syria, "ont depuis atteint des positions importantes dans les services de sécurité russes". Ainsi, la société de Haswani, HESCO Co, "a pu s'assurer des contrats avec les compagnies pétrolières russes, il importait aussi des pièces détachées pour les véhicules militaires russes et pour les puits de pétrole". Le gendre de Haswani, Youssef Arbash, dirige ses bureaux à Moscou. All4Syria ajoute qu'Arbash travaille en étroite collaboration avec Amjad Douba, neveu de l'ancien chef du renseignement militaire Ali Douba, qui habite depuis longtemps à Moscou.

Georges Haswani (à droite)

Plus précisément HESCO soustraite pour Stroytransgaz (NdT propriété de Gennady Timchenko oligarque proche de V Poutine). Dans une interview donnée en juin dernier, Arbash expliquait que HESCO était un "partenaire stratégique" de la compagnie russe, travaillant sur des projets communs au Soudan, en Algérie, aux Émirats Arabes Unis et en Irak. A cette époque, HESCO avait commencé à construire avec Stroytransgaz une usine de traitement du gaz à Palmyre, qui devait être achevée dans la deuxième moitié de l'année 2014. La compagnie russe a aussi signé un contrat avec l'état syrien en juin de cette année pour le développement d'un projet d'irrigation dans le nord est de la Syrie. Le contrat évalué à 194 millions de dollars, porte sur la construction d'une station de pompage sur le Tigre dans la région de Ain DIwar, près de la frontière turco-irakienne. Haswani était présent lors de la signature, et a confirmé que la collaboration continuerait entre la compagnie russe et son sous-traitant "sur des projets vitaux pour la Syrie" en dépit des difficultés de réalisation.

Dans le contexte syrien, la capacité de signer ce genre de contrat, place Haswani dans la catégorie des clients que la famille Assad et ses cousins Makhloufs ont créés et associés à leur pouvoir. Le site All4Syria rapporte aussi que le second mariage de Haswani fut avec une femme alaouite de la région de Lattaquié issue d'une famille "ayant des liens avec le clan Assad". Cela pourrait expliquer son statut privilégié et sa proximité avec la famille au pouvoir, ainsi que la confiance qu'Assad a placé en lui en tant qu'intermédiaire.

Si les allégations concernant le rôle de Haswani en tant qu'intermédiaire entre Assad et l'EI étaient avérées, cela retournerait complètement le discours classique sur les liens entre Assad et l'EI. Le discours du régime est qu'Assad constitue le meilleur espoir pour les minorités contre l'EI. Toutefois, il se pourrait qu'un chrétien, protégé du régime d'Assad, soit celui qui ait facilité les relations entre ce dernier et l'EI contribuant ainsi au développement du groupe terroriste.

Les allégations concernant Haswani brossent le tableau d'une relation cynique entre deux monstres, avec un intermédiaire chrétien qui dirige ce commerce bénéfique pour les deux partis. Cela met en évidence les faiblesses de l'approche communautariste de la politique US en Syrie, qui se fonde particulièrement sur une supposée solidarité chrétienne. Certaines personnalités chrétiennes haut-placées, dont certains membres du clergé, se sont prononcées, de manière explicite ou implicite, en faveur du régime d'Assad au prétexte qu'il serait le seul rempart des minorités contre la menace de l'EI. Non seulement leur position est suspecte, mais certains d'entre eux pourraient être les complices à la fois d'Assad et de l'EI.

Traduit de l'anglais par mes soins.

2 commentaires:

  1. Très intéressant, merci. Confirme ce que je pense des relations entre Assad et l'EI.

    Mais les "dissidents" convaincus de l'existence de l'Axe du Bien Russie-Iran-Syrie vous diront toujours que votre source est américaine, voire néo-con, et que tout cela est de la désinformation destinée à nuire à leurs idoles...

    RépondreSupprimer
  2. Une autre source de revenus pour l'EI : le pillage des antiquités sur des sites archéologiques qui sont ensuite revendues aux collectionneurs du monde entier par une filière turque :

    http://www.al-monitor.com/pulse/security/2014/09/turkey-syria-iraq-isis-artifacts-smuggling.html#

    RépondreSupprimer