mercredi 12 novembre 2014

Hypocrisie de la Russie quant à la "culture de mort".

Le 7 novembre convolaient en justes noces à la mairie de Saint Pétersbourg deux ravissantes demoiselles :

Irina à gauche et Aliona à droite, ou l'inverse, se disent oui.

Vous me direz que le mariage gay est formellement interdit dans la Très Sainte Russie, que Poutine a fait son cheval de bataille la défense des valeurs chrétiennes et familiales, dont la lutte contre l'homosexualité et contre la "culture de mort" sont les fronts principaux . Le Maître du Kremlin sait très bien la menace mortelle que ces créatures représentent pour la Russie. Il a d'ailleurs tout de suite identifié les "nazis gays" comme étant les initiateurs de la révolte de Maidan, afin de mettre au pouvoir une junte judéo néo nazie soutenue par l’UE/US/OTAN et inféodée au FMI (si si je vous assure ...).

Comment donc est-il possible qu'une telle ignominie se soit produite ?

Vous pouvez embrasser la, euh... le marié.


Tout simplement parce qu'elles ne sont pas toutes deux des femmes, puisque l'une des mariées est un homme, enfin plus pour très longtemps. Irina est en effet une femme transgenre qui est en train de suivre tout un processus de changement de sexe. Elle suit actuellement une hormonothérapie et subira bientôt une opération chirurgicale. Aliona, quant à elle, est et restera une femme de sexe féminin. La cérémonie s'est déroulée sous les yeux de leurs proches et de leurs amis issus de la communauté LGBT locale. (d'autres photos du mariage.)


Peut-être que dans quelques temps Irina et Aliona pourront satisfaire leur désir d'enfant en recourant à la Gestation Pour Autrui, celle-ci étant légale en Russie tout comme le commerce des ovocytes.


Le recours à une mère porteuse est tout à fait légal en Russie et accessible à tout adulte désirant devenir parent. Il n'y pas nécessaire que l'enfant à naître soit apparenté génétiquement aux parents comme c'est le cas en Ukraine ou en Grande Bretagne. Le programme de GPA est ouvert à toute femme même si elle n'est pas mariée ni dans une relation de concubinage. L'état civil du patient n'est donc pas important, n'importe quelle femme seule peut commencer un programme de GPA et choisir le père plus tard, comme le prévoit le Code de la Famille de la Fédération de Russie. Le refus du droit au recours à la GPA et à l'enregistrement de l'enfant ainsi né est illégal et peut être porter devant les tribunaux. Les tribunaux russes se sont déjà trouvés face à des cas semblables.

En 2009 à Krasnodar une femme de 45 ans devenait la mère d'une petite fille par le biais de la GPA. Bien que la mère porteuse eût signé tous les documents nécessaires, l'administration refusa d'enregistrer l'enfant arguant du fait que seule la mère qui l'avait mise au monde pouvait être reconnue comme sa mère légitime. L'affaire fut portée devant les tribunaux. Mais elle fut résolue avant de passer devant la court. Le juge Yelena Berezhinskaya, juge au tribunal régional de Prikuban, attira particulièrement l'attention des responsables de l'Etat Civil sur le fait qu'ils contrevenaient à la loi. Elle souligna que «la loi doit être interprétée dans l'intérêt de l'enfant et sa mère, pas dans l'intérêt de la loi elle-même». L'Etat Civil reconnut le demandeur comme la mère légale de l'enfant avant que le tribunal n'eut confirmé son verdict. (voir plus de cas similaires ici)

En 2013, la star de la chanson Alla Pugatcheva âgée de 67 ans grand-mère de trois petit-enfants et mariée à Maxime Galkine un chanteur de 30 ans son cadet, avait recours à une mère porteuse pour obtenir deux petits jumeaux Elizabeth et Harry. Plus fort encore, en 2010, le cabinet d'avocats Rosjurconsulting spécialisée dans le droit de la famille, obtint qu'un homme célibataire pût recourir à la GPA, en utilisant les ovocytes d'une donneuse, ou devrais-je dire d'une vendeuse (l'ovocyte d'une donneuse est facturé 2110 dollars à la Vitanovaclinic de Moscou). Cet homme fut le premier célibataire à devenir père grâce à la GPA en Russie. Pour Rosjuconsulting cette décision de la Court de Moscou "montre une fois encore qu'en Russie les parents célibataires peuvent réaliser leur désir de maternité grâce à la GPA, quelle que soit leur orientation sexuelle".

Konstatin Svitnev, directeur de Rosjurconsuting, analyse ainsi la législation russe en matière de procréation assistée : "il n'y a pas de loi fédérale spécifique sur la procréation assistée en Russie. Différentes lois suivant des concepts différents sont en préparation depuis des années, mais n'ont jamais été présentées devant la Douma. [...] Pour le moment le document légal le plus important se rapportant à la procréation assistée est la Loi de Protection de la Santé des Citoyens de la Fédération de Russie. Cette loi régit les aspects élémentaires de la FIV, de l'insémination artificielle, du don de gamète et d'embryon, la GPA [...] De manière générale, la législation au sujet de la procréation assistée est très favorable en Russie, la recheche sur l'embryon est autorisée, le don rémunéré des gamètes et des embryons est permis lui-aussi. Les femmes célibataires peuvent être inséminées par un donneur connu ou anonyme. La GPA est un choix pour les couples mariés ou les femmes seules. Il n'existe pas de mariage homosexuel, il n'est pas reconnu par la loi, mais les couples lesbiens ne sont pas mentionnés dans la loi, ce qui signifie que des telles patientes peuvent être traitées comme des femmes seules".

Quelle hypocrisie dans la législation russe ! Le mariage des personnes de même sexe n'y est pas autorisé, pas plus que la GPA, mais des lois floues qui permettent d'arriver au même résultat. C'est l’inénarrable député Elena Mizoulina, qui est chargée régulièrement de dénoncer cette faille de la loi russe. Elle avait d'ailleurs commencé par demandé l'abolition totale de la GPA, arguant du fait qu'une telle pratique pourrait "provoquer la disparition du genre humain", avant de se rétracter et de se contenter de réclamer son interdiction pour les personnes célibataires, afin d'empêcher que des couples de même sexe ne puissent avoir des enfants.

Mais les amendements proposés par Mizoulina ne seront probablement pas adoptés dans l'immédiat. Pour Pavel Astakhov, défenseur des droits chargés de l'enfance : "avant de restreindre quoique se soit, il faut discuter du problème et entendre ce que toutes les parties prenantes et la communauté des experts ont à dire. Nous ne comprenons pas le problème que la GPA pose pour les générations futures. [...] A en juger par les plaintes que je reçois sur ce sujet il y a de nombreux problèmes dans ce domaine, mais ils doivent être réglés par des professionnels". 

Ce qui à mon avis est le plus gros frein à toute modification de la législation est le manque à gagner qu'elle représenterait pour toute cette industrie de la procréation assistée. La Russie est une des destinations de choix du "tourisme de la fertilité", elle attire de nombreux couples infertiles grâce à ses tarifs compétitifs. Ils y viennent non seulement pour recourir à la GPA, mais surtout à la FIV. Anecdote amusante, les Russes ne sont pas "amateurs" de FIV en raison de son coût élevé. C'est pourquoi en 2010, dans le cadre du projet de relance de la natalité, l'état russe a alloué la somme de 40 millions de dollars pour permettre à 10000 couples infertiles d'avoir recours à la FIV.

La législation en matière de procréation assistée est en fait plus restrictive dans les pays de l'EU et en France en particulier, tandis que la Russie est un des pays, si ce n'est la pays le plus permissif en la matière. On remarque aussi que s'il est question de réglementer la GPA il n'est pas question de l'interdire, pas plus que la FIV et les "dons rémunérés" d'ovocytes. L'année dernière, après 13 ans de pouvoir, Poutine interdisait enfin non pas l'avortement, mais la publicité pour l'avortement (!!) qui reste lui toujours légal, non pas pour des questions morales mais démographiques. La question que je me pose est qui empêche le pouvoir russe d'interdire ces pratiques sur le champ ? La CIA, l'OTAN, la NSA, l'UE ? Ils ne l'ont en tout cas par empêcher de se débarrasser de l'association Memorial, chargée de conserver la mémoire des crimes communistes, dont les archives avaient été saisies en 2008 et qui vient d'être interdite sous l'accusation d'être un "agent de l'étranger". (tout comme l'association des mères de soldats russes par ailleurs ...)

Il est amusant de voir qu'en Occident, ce sont les opposants les plus farouches à toutes ces pratiques qui comptent parmi les partisans les plus acharnés de Poutine et son régime. Ils sont en fait victimes du pan de l'entreprise de subversion globale dirigée vers les milieux chrétiens conservateurs occidentaux. Poutine y est présenté comme le champion des valeurs familiales et chrétiennes, et la Russie comme étant à la tête d'un mouvement de résistance globale contre "le nouveau totalitarisme libéral anti-chrétien du politiquement correct, de l'idéologie du genre, de la censure des mass-média et des dogmes néo-marxistes". J'avais dans un billet précédent parlé de cette entreprise de subversion à l'échelle mondiale, que j'avais qualifiée de Cathomintern. On retrouve d'ailleurs le même mécanisme chez ceux qui croient voir dans la Russie un recours à l'Union Européenne, un modèle économique alternatif, alors qu'y règne en fait le plus brutal des capitalismes, et que, de l'aveu même de Poutine, son Union Eurasiatique est calqué sur le modèle de l'UE...


A lire : Indifférence face au sort des Catholiques d'Ukraine

7 commentaires:

  1. hé oui... Siles cathos suceurs de Pout' savaient cela!!!

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  2. Cet article mériterait une vaste diffusion.

    Décidément, ce blog est indispensable.

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  3. PS : Il y a un contresens (sans importance) dans le texte.

    En effet, si le mariage est possible, c'est que "Irina Shumilova" est un homme :

    "Shumilova — who told RT she identifies as transsexual, rather than transgender — is in the process of gender reassignment surgery, but is still listed as male on her passport."

    http://www.buzzfeed.com/davidmack/two-brides-tie-the-knot-in-russia-prompting-outrage

    Or, votre article dit que "l'une des mariées est un homme, enfin pas encore" (alors qu'au contraire, "elle" l'est déjà, mais plus pour longtemps, soi disant).

    Il est vrai qu'il est difficile de s'y retrouver...

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    1. exact, l'article que j'avais trouvé n'était pas très clair sur ce point. je corrige. J'ai repris ce fait-divers pour l'anecdote, et pour appâter le chaland, mais c'est surtout la seconde partie qui est intéressante.

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  4. Pour Kiev, contre Moscou

    http://legrandnettoyage.wordpress.com/2014/11/17/pour-kiev-contre-moscou/

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  5. Du coup, si la doctrine "traditionaliste et orthodoxe" prôné par le Kremlin n'est qu'une façade, alors quelle est son fondement idéologique? Laïcité, république et progrès?

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    1. Des éléments de réponse ici :

      The Hidden Author of Putinism : How Vladislav Surkov invented the new Russia

      http://www.theatlantic.com/international/archive/2014/11/hidden-author-putinism-russia-vladislav-surkov/382489/

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