mardi 31 mars 2015

Kremlileaks. (MàJ)

Le groupe de hackers russes Anonymous International  vient de publier de nouveaux e-mails échangés par des dignitaires russes. Certains d'entre-eux nous informent sur les coulisses du "référendum" de Crimée, et en particulier sur les raisons qui pourraient avoir amené le FN à y envoyer un observateur : A Chauprade.

On est courageux au FN mais pas téméraire... Personne n'était au courant, personne n'a rien vu et on rejette la responsabilité sur le seul Chauprade. Mains propres têtes qu'ils disaient... Et dire que cette bande de clowns tristes a toutes les chances d'accéder au pouvoir en 2017.
Joint par Mediapart, le trésorier du FN Wallerand de Saint-Just, qui avait signé le prêt de 9 millions d’euros, explique qu’il n’est « pas du tout au courant de ce qui s’est passé en amont [de la signature] ». « Je ne sais pas qui est M. Prokopenko. Je n’ai rien à voir avec les positions internationales de Marine Le Pen. Je n’ai vu que les techniciens de la banque. On m’a dit : “Tu vas voir ces techniciens, tu signes”. »

De son côté, l’intermédiaire Jean-Luc Schaffhauser affirme à Mediapart qu’« il n’y a pas eu d’interventions politiques ». S’il connaît Timur Prokopenko « parce qu’on m’a fait une fiche sur lui », il assure qu’en mars 2014, « on n’était pas en négociations » avec les Russes, « enfin pas moi en tout cas », précise-t-il. « Les négociations ont commencé en avril, après l’échec avec une banque d’Abou Dhabi (Émirats arabes unis – ndlr), qui devait nous prêter de l’argent. »

L’eurodéputé raconte par ailleurs avoir lui-même renoncé à se rendre en Crimée lors du référendum : « On m’avait invité aussi, Marine m’a dit : “Tu n’y vas pas”. Elle ne sentait pas le truc, elle m’a dit : “Imagine qu’il y ait un bain de sang“. J’ai obéi aux ordres. Aymeric [Chauprade] y est allé, à titre personnel. » Alors comment expliquer les échanges de textos des Russes ? « Je pense que c’est Aymeric qui s’est engagé », répond M. Schaffhauser. Sollicité, Aymeric Chauprade n’a pas donné suite.




La malédiction de Lee Kuan Yew.

Lee Kuan Yew, qui est mort lundi (23 mars) à l'âge de 91 ans, était devenu à la fin de sa vie plus qu'un simple mortel : c'était un mythe, une idée globale, un culte intellectuel bâti autour de l'idée que tous les autocrates ne seraient pas foncièrement mauvais ; qu'ils peuvent être aussi des rois-philosophes éclairés qui mènent leur pays à la prospérité sans les tracas de la démocratie libérale.

Aujourd'hui, c'est sans aucune ironie que les leaders des grands pays démocratiques se pressent pour faire l'éloge du feu leader singapourien. Le Président Obama salue en Lee "un vrai géant de l'Histoire", et ajoute qu'"un grand nombre de dirigeants actuels et des générations passées lui ont demandé conseil". David Cameron considère que l'action de Lee dans la transformation de Singapour d'un comptoir colonial en une économie moderne et prospère, est "l'un des plus beaux succès" des temps modernes,.

Pourtant depuis le début des années 2000 le "culte de Lee" fut un désastre absolu en Europe de l'Est, où l'exemple de l'autocrate singapourien a aidé à réhabiliter et à légitimer l'autoritarisme.

Vladimir Poutine est un grand admirateur de Lee auquel il a décerné le prestigieux "Ordre de l'Honneur". En Géorgie, Mikhail Saakashvili était comme envouté par le charisme de Lee, dont il distribuait les livres comme des Bibles. Le gouvernement ukrainien, lorsqu'il était dirigé par Yanoukovitch, le fantoche de Poutine, tentait de dissimuler sa nature cleptocratique en se comparant au modèle de Singapour. Aujourd'hui, le culte est si répandu que même le ministre russe qui dirige la Crimée affirme que Lee Kuan Yew est son mentor.

mardi 10 mars 2015

Ecran de fumée.

C'est à l'âge de 40 ans que cet ardent communiste fut nommé Ambassadeur d'URSS en Hongrie. C'est là que 2 ans plus tard Andropov allait se faire un nom en jouant un rôle clef dans la répression de l'insurrection hongroise. Pendant la révolution de 1956, Andropov gagna la réputation de savoir garder la tête froide dans les situations de crise. Il fut d'une grande utilité pour le Kremlin lorsqu'il répétait inlassablement à Imre Nagy, le leader hongrois, que les troupes soviétiques n'envahissaient pas son pays mais qu'au contraire elles étaient en train de se retirer. C'était un mensonge complet, mais Andropov fut si convaincant qu'alors même que les troupes russes lançaient leur assaut final pour écraser la rébellion, l'Ambassadeur persuadait Nagy que l'Armée Rouge était en route pour la Russie.
Spymaster: My Thirty-Two Years in Intelligence and Espionage Against the West  –  2009 – Oleg Kalugin (p 255)

Identification d'un agent d'influence pro-russe.

 A la suite d'une conversation avec @tarkan au sujet d'un projet sur les désinformateurs, je propose ici une liste des éléments de langage, des gimmicks, qui permettent d'identifier un agent d'influence russe :

- Évocation systématique de la pratique du judo par Poutine, qui est censée lui avoir conférer toutes les qualités du combattant samouraï.

- Poutine est un grand stratège, il a lu Sun-Tzu et Clauzewitz. Les Occidentaux ne sont pas en mesure de rivaliser avec sa science de l'art de la guerre.

- Poutine est un joueur d'échec, il a toujours un coup d'avance. Les Européens et les Américains sont incapables de décrypter sa stratégie tant elle est subtile et sophistiquée.

- Comparaison de la Russie à un ours en colère, avec une touche de servilité menaçante : "L'ours russe est fâché - Il ne fallait pas provoquer l'ours russe - Attention au coup de griffe de l'ours russe" etc ...
 
- La Russie est un titan économique indispensable à la survie des économies européennes. Sans la Russie c'est toute l'agriculture, l'industrie, la finance, l'immobilier, le tourisme européens qui risquent de s'effondrer.

- La Russie a des réserves de change qui lui permettent de faire face à ses dépenses et de payer ses dettes pour l'éternité.

- L'Europe se détourne de la Russie, tant pis pour elle, la Russie va opérer une réorientation à l'est où elle bénéficie déjà du soutien financier colossal de la Chine et des autres pays des BRICS.

- L'armée russe est invincible, elle pourrait s'emparer de toute l'Europe de l'est jusqu'à Berlin en 2 ou 3 jours, toute résistance serait futile.

- La Russie est une démocratie, Poutine a été élu démocratiquement, d'ailleurs sa cote de popularité est au plus haut. Est-ce qu'Obama et Hollande peuvent en dire autant ?

- Poutine est le champion des valeurs chrétiennes. La Russie est la seule à pouvoir régénérer les Européens décadents. Le peuple russe est le "peuple de la fin" à qui a été donné la mission divine et historique  de  ramener les Européens dans le droit chemin, de les sauver d'eux-mêmes en les arrachant à la "culture de mort" imposée par les USA et l'UE. 

- Poutine prépare sa conversion au catholicisme.

- Poutine est un patriote, à la différence de l'hyperclasse mondialisée américanisée qui sévit en Europe, il agit dans l'intérêt de son pays : Poutine est bon pour la Russie.

- La Russie est la seule à proposer un modèle économique alternatif, plus juste, plus humain, capable de libérer l'humanité de l'ultra-libéralisme destructeur imposé par les USA et l'UE.

- C'est la faute des Ukrainiens.

- Ne laissez pas les USA vous éloignez de la Russie, seule la paix avec la Russie peut ramener leur souveraineté aux pays européens.

La seul morale valable est celle qui sert nos intérêts.

(L'article suivant est publié un peu à contre temps de l'actualité, mais il n'en apporte pas moins quelques éléments intéressants)

Comme on le sait le parti d'extrême gauche Syrisa qui vient d'arriver du pouvoir en Grèce est très proche du Kremlin. Tsipras, le nouveau premier ministre, a déjà été reçu plusieurs fois à Moscou(2013) et en 2014 par Valentina Matvenko, et quelques heures après son investiture a reçu comme premier invité étranger l'Ambassadeur de Russie en Grèce. Et c'est à Moscou que Nikos Kostias, le ministre des affaires étrangères, vient d'effectuer sa première visite officielle.


Cet ancien membre du parti communiste grec est professeur de sciences politiques à l'Université du Pirée, il connaît visiblement A Douguine puisqu'il l'a invité à donner deux conférences en 2013.


Koztias a pris contact avec Douguine par le biais de Georges Gavrish (l'homme à lunettes entre Douguine et Kotzias sur la photo) qui est un associé de Malofeev et un proche de Douguine. Des emails obtenus par Anonymous laissent penser que c'est Gavrish qui a incité Kotzias à faire venir Douguine. En effet, dans cette interview donnée à une journaliste grecque, Douguine reconnaît qu'il s'est intéressé à Kotzias:
Douguine : "[...]Je peux dire que j'étais certain que M Kotzias deviendrait Ministre des Affaires Etrangères.
 
 Journaliste : "D'où vous vient cette certitude ?"

Douguine : "De cette recommandation que l'on m'a faite qu'il était très probable qu'il devienne Ministre. Et c'est une autre raison pour laquelle je voulais le rencontrer : parce qu'il n'est pas seulement un brillant scientifique, mais aussi une personnalité de SYRIZA qu'il allait probablement occuper un poste important"

lundi 9 mars 2015

La véritable signification de la "glasnost", ou plus ça change plus c'est la même chose.

En 1972, je me rendis à Moscou une semaine après avoir reçu mes ordres de Ceaucescu. Le directeur du KGB, Youri Andropov, m'accueillit en allant droit au but : "La seul chose qui importe aux Occidentaux est notre leader". Il était réputé pour ne pas perdre son temps en vains bavardages. "Plus ils l'apprécieront, plus ils nous apprécieront" disait-il. La tactique de glasnost la plus efficace serait de faire croire aux impérialistes que notre leader les admirait. Le KGB avait déjà réussi avec un grand succès à faire en sorte que certains éléments à l'ouest admirent - voire aiment - le "Camarade" (c-à-d Staline, puis Khrouchtchev). [...]

"Laissons ces naïfs imbéciles croire que nous voulons parfumer notre communisme avec une touche de démocratie, et ils nous tresserons des lauriers" déclarait Andropov. La création de l'image d'un "nouveau Ceaucescu" devrait être plantée comme des graines d'opium - patiemment mais avec ténacité, une par une. Nous allions devoir arroser nos graines jour après jour jusqu'à ce qu'elles portent leurs fruits. Nous devions promettre que notre société irait vers plus d'ouverture et d'occidentalisation, pour peu que l'Occident aide le nouveau "modéré" Ceaucescu à se débarrasser des tenants d'une ligne plus dure.

Deux heures plus tard, le directeur conclut notre réunion aussi brutalement qu'il l'avait commencée : " Je vous parie un million contre un que l'Occident va tout gober".