samedi 4 avril 2015

Le KGB en France. (partie 1/4)

Pendant la majeure partie de la Guerre Froide, l'antenne parisienne du KGB comptait plus d'agents, habituellement un cinquantaine, que n'importe qu'elle autre antenne du KGB en Europe occidentale. Son accomplissement le plus remarquable sous la Quatrième République fut la pénétration de la communauté du renseignement français, particulièrement le SDECE, l'agence d'espionnage. Un liste incomplète d'un dossier du KGB de l'antenne parisienne comptait en 1953 parmi ces "agents précieux" quatre officiels du SDECE (noms de code NOSENKO, SHIROKOV, KORABLEV et DUBRAVIN) et un dans chaque service de sécurité intérieure à la DST (GORYACHEV) et aux RG (GIZ), mais aussi au Ministère des Affaires Etrangères (IZVEKOV), au ministère de la défense (LAVROV), au ministère de la marine (PIZHO), à l'Ambassade de Nouvelle Zélande (LONG) et dans la presse (ZHIGALOV). En 1954, 30% des rapports adressés au Centre (NdT : QG du KGB à Moscou) par l'antenne de Paris se basaient sur des informations provenant des agents infiltrés dans les services secrets français.

La pénétration soviétique en France durant la Guerre Froide débute à la fin de la Seconde de la Seconde Guerre Mondiale. Grâce au rôle clef joué par le Parti Communiste dans la Résistance et à la présence de Ministres communistes dans le gouvernement jusqu'en 1947, les quelques années qui ont suivies la Libération ont constitué un âge d'or pour le recrutement d'agents. Alors que les Britanniques et les Américains ne connaissaient probablement pas l'identité de la plupart des agents soviétiques présents en France, ils étaient parfaitement conscients de la faiblesse du renseignement français de l'après-guerre et c'est pour cette raison qu'ils ne partageaient leurs informations avec le SDECE et la DST qu'avec beaucoup de précaution. En 1948, une évaluation du British Joint Intelligence Committe (JIC), empreinte d'un certain complexe de supériorité ethnique, attribuait le succès des Soviétiques à des "défauts inhérents au caractère français" ainsi qu'à un attrait très répandu pour le Communisme. Les services soviétiques étaient donc capables, selon le JIC, d'exploiter : 

- le caractère volubile des Français qui les poussent de manière irrésistible à transmettre des "informations cruciales", quoiqu'ils le fassent en toute confidence.

- une absence de culture de la sécurité, cause d'une certaine négligence et de précautions insuffisantes pour protéger les documents classifiés.

- un déclin des valeurs morales en France, conjugué à des salaires extrêmement bas qui poussent les agents à "vendre" des informations.

Mais la confiance du JIC dans la supériorité britannique fut quelque peu ébranlée quelques années plus tard lors de la défection de Burgess et McLean, du rappel de Philby de Washington et de la suspicion d'espionnage qui s'abattit sur Blunt et Cairncross.