mardi 15 décembre 2015

"Poutine fait du bien à la Russie"

Le 14 décembre dernier entrait en gare de Tblissi, capitale de la Géorgie, un train de fret en provenance de Chine. Le premier ministre géorgien Irakli Garibachvili présent pour l'occasion se "réjouissait que ce train soit décoré symboliquement des drapeaux de la Géorgie, de l'Azerbaïdjan, de la Turquie, du Kazakhstan et de l'UE. Il est désormais possible en un temps inouï, 8 à 10 jours, d'amener une cargaison en Géorgie et de là en 3 à 5 jours jusqu'en Europe".




S'incrivant dans le projet chinois de "Nouvelle Route de la Soie, cet axe ferroviaire passant par le Kazakhstan et la Géorgie est la première portion d'une ligne qui reliera directement Pékin aux grandes villes européennes en une dizaine de jours. Il permettra de réduire de manière significative le coût et le temps de transport des marchandises entre l'Asie et l'Europe qui prend une quarantaine de jour par voie maritime.


Il est à noter que cet ligne évite de passer sur le territoire russe. Le projet originel prévoyait que la ligne emprunte une portion du trans-sibérien et fasse étape à Moscou. Le manque d'intérêt des autorités russes pour l'entretien et la mise aux normes de cette ligne ainsi que la crise économique russe auront eu raison de ce projet.



Les premiers effets de l'embargo décrété par Moscou contre la Turquie commencent à se faire sentir. L'usine Toyota de Saint Petersbourg est en chômage technique, faute d'avoir reçu les pièces détachées nécessaires à la production et fabriquée ... en Turquie !

mercredi 9 décembre 2015

Persécutions et tensions ethniques en URSS.

A l'instar du moraliste et chroniqueur du Goulag Alexandre Soljenitsyne, et du scientifique et dissident Andreï Sakharov, père de l'arme atomique soviétique, qui s'étaient tournés vers la défense des droits de l'homme, Sharansky jouissait, après cinq ans de militantisme pour les droits des Juifs, d'un grand prestige au sein de la dissidence. Il le devait autant à son charisme qu'à la chance d'avoir rencontré au bon moment des journalistes favorables à sa cause - il y avait en URSS des centaines d'autres militants tout aussi dévoués mais qui ont été complètement ignorés. Cet universitaire timide est devenu, à cause de son succès, l'objet de la colère du KGB et du Parti. Je savais, de par mon expérience de la manière qu'avait Moscou de s'occuper des ennemis intérieurs, que ce genre de problème était souvent réglé en se débarrassant de l'individu en question. On avait mis Soljenitsyne dans un avion pour l'Allemagne, Sakharov avait été envoyé (par Andropov en personne) en exil intérieur à Gorky. Alors pourquoi ne pas se débarrasser de Sharansky de la même façon ? Parce qu'Andropov ne l'entendait pas de cette manière.

"Camarade Wolf ", me disait-il, "Ne savez-vous pas ce qui arrivera si nous donnons ce signal ? Cet homme est un espion [Andropov croyait que Sharansky travaillait pour la CIA], mais, plus important, c'est un Juif, et il parle au nom des Juifs. Beaucoup trop de minorités ont souffert de la répression dans notre pays. Si nous laissons ce genre de libertés aux Juifs, qui seront les prochains ? Les Allemands de la Volga ? Les Tatars de Crimée ? Ou peut-être les Kalmouks ou les Tchétchènes ?".

Il citait les groupes ethniques déportés de leur terre natale par Staline afin de couper de ses racines toute source potentielle d'opposition. Le KGB avait un terme bureaucratique pour qualifier ces groupes que je n'avais jamais entendu auparavant : kontingentirovannye. Kontingent se rapportait aux "quotas", ou catégories, de peuples non-fiables. Ces "contingents" étaient considérés comme des rebelles et donc des ennemis potentiels. Andropov estimait leur nombre à environ 8,5 millions.