mercredi 26 octobre 2016

Les dessous du Qatar bashing : une campagne orchestrée par les Emirats Arabes Unis et Israel.


Le dénigrement du Qatar s’est imposé comme un phénomène et une évidence en France, aux États-Unis et ailleurs. L’émirat est vu comme une menace et il est accusé de tous les maux. Si de nombreux reproches peuvent lui être faits à juste titre, il s’agit aussi de se demander pourquoi et qui se cache derrière cette campagne. Car ce sont bien des pays peu recommandables qui financent le Qatar bashing et instrumentalisent ainsi des leaders d’opinion plus ou moins avertis.

Vendredi 3 octobre, le vice-président américain Joe Biden prend la parole au John F. Kennedy Forum organisé à Boston par la Harvard Kennedy School. Évoquant la situation au Proche-Orient et la guerre contre l’organisation de l’État islamique (OEI), il s’en prend avec une certaine virulence à trois pays qui, selon lui, ont soutenu financièrement cette organisation malgré les mises en garde du gouvernement américain. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU) et la Turquie sont pointés du doigt, ce qui va déclencher une véritable crise diplomatique entre Washington et ses trois alliés. Dès le lendemain, la Maison-Blanche prend ses distances avec ce propos tandis que Biden fait savoir qu’il n’entendait nullement insulter ces pays, allant même jusqu’à téléphoner à leurs dirigeants — du moins ceux des Émirats et de la Turquie — pour présenter ses plus plates excuses.

Il est difficile de savoir si cette sortie était intentionnelle — ce qui confirmerait l’existence de fortes tensions au sein de la coalition que les États-Unis tentent de mettre en place contre l’organisation de l’État islamique — ou s’il faut l’ajouter à la longue liste des gaffes commises par le vice-président américain depuis l’élection de Barack Obama en 2008. Mais l’un des aspects les plus intéressants de cette affaire est la réaction de certains médias américains comme CNN qui se sont empressés d’inclure le Qatar dans la liste des pays incriminés alors même que le nom de cet émirat n’a pas été cité par Joe Biden. « Pourquoi le vice-président n’a-t-il pas cité le Qatar ? », s’est par ailleurs demandé le membre du Congrès et républicain Michael Mc Caul alors qu’il était interrogé par Fox News. Il faut rappeler que ce Texan membre de la Chambre des représentants fait partie des personnalités qui tirent à vue sur l’émirat, affirmant haut et fort qu’il est au centre du financement du terrorisme islamiste et des activités anti-américaines à travers le monde.

LOBBYING ET COMMUNICATION EFFICACES

Il faut dire que le Qatar bashing bat son plein depuis début 2013 aux États-Unis. Longtemps hors des radars, l’émirat incarne désormais la figure de l’allié jouant un double jeu. DuWashington Post à CNN en passant par des médias moins intéressés par l’actualité internationale, les dossiers spéciaux et autres enquêtes à charge sur le Qatar se multiplient. Comment expliquer cette tendance quand on sait que Doha, via ses organismes publics, n’a pas été avare de publicités payantes et autres sponsorings dans les médias américains ? La réponse est venue début septembre du New York Times. Selon ce quotidien, plusieurs pays mènent une intense action de lobbying contre le Qatar avec, à leur tête, les Émirats arabes unis. Ces derniers ont engagé une entreprise de relations publiques, Camstoll Group, fondée en novembre 2012 par d’anciens fonctionnaires du Trésor américain. La principale figure de cette agence est Matthew Epstein, un néoconservateur qui était en charge au milieu des années 2000 du dossier des sanctions à l’encontre de l’Iran. Pour un montant de 400 000 dollars par mois, Camstoll Group a donc entrepris de « briefer » journalistes et parlementaires à propos du rôle que jouerait le Qatar dans le financement des groupes terroristes dont le Front Al-Nosra, réputé proche d’Al-Qaida, en Syrie.
L'obsession qu'a le FN pour le Qatar devient subitement plus claire.
Pour les Émirats arabes unis, il s’agit d’isoler le Qatar sur la scène internationale en lui faisant payer son soutien, en général, au mouvement des Frères musulmans, et, en particulier, à la présidence éphémère de Mohamed Morsi en Égypte. Ce dernier est d’ailleurs accusé d’avoir livré des documents confidentiels au Qatar en échange d’un pot-de-vin d’un million de dollars. Les Émirats arabes unis reprochent aussi à Doha d’accueillir un trop grand nombre d’activistes membres de la confrérie et même d’avoir soutenu en sous-main la création d’une branche des Frères musulmans à Abou Dhabi et à Dubaï.

À cela s’ajoute une féroce compétition qui ne dit pas son nom afin de se hisser à la position de premier centre économique, financier, culturel et religieux du Golfe. Si le Qatar a obtenu l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022, Dubaï a emporté celle de l’exposition universelle de 2020. Entre le Qatar et les Émirats arabes unis, « pays frères » si l’on en croit les déclarations officielles, le différend n’est donc pas uniquement politique. Il relève d’une question de leadership régional.

UNE STRATÉGIE PAYANTE POUR SES RIVAUX

Le recours aux services de Camstoll Group s’est avéré des plus payants dans la stratégie décidée par les Émirats arabes unis. Se basant sur les informations publiées par le New York Times, le magazine en ligne The Intercept — un titre de First Look Media, la plateforme journalistique créée et financée par le fondateur d’EBay Pierre Omidyar — a publié à ce sujet une enquête très fouillée sur l’impact du lobbying de Camstoll Group à destination des grands médias américains. Rappelant que les Émirats arabes unis ont été, en 2013, en tête de liste des dépenses de lobbying consenties par un pays étranger aux États-Unis (14 millions de dollars), The Intercept a mis en exergue la façon dont Camstoll a réussi à faire passer ses principaux messages. À savoir que le Qatar finance, directement ou indirectement, les groupes terroristes en Irak et en Syrie mais aussi en Libye.

vendredi 7 octobre 2016

Y-a-t'il eu erreur? Et quel genre d'erreur?

Publication d'un nouveau texte de l'ami Jurek. Je souscris personnellement à la troisième thèse.

A propos du Boeing abattu par un Bouk


Les déclarations russes relatives au Boeing du vol MH17 abattu au-dessus du Donbass ont beaucoup varié. La dernière explication donnée par la télévision à la population russe est que « le boeing a été abattu par un chasseur ukrainien ». D. Pieskov, porte-parole du Kremlin se contente de déclarer que le rapport du groupe international d'enquête n'a pas donné la « vérité dernière ». Mark Solonine, ingénieur en aéronautique et historien militaire russe, a écrit un long article dans son blog sur la destruction du Boeing MH17.

Tout d'abord il s'étonne que le Bouk qui a été envoyé dans le Donbass soit un seul matériel, ce n'est pas dans les habitudes militaires d'envoyer une pièce isolée, d'habitude on procède par batterie, par division, par unité structurale de l'armée. Ensuite ce Bouk était équipé de ses seuls 4 missiles sans autre approvisionnement. Enfin Solonine estime que pour les besoins en défense anti-aérienne des séparatistes contre l'aviation ukrainienne il n'y avait pas besoin d'une pièce aussi performante que le Bouk dont les missiles (peuvent atteindre des avions a plus de 18000 mètres d'altitude et à plus de 35 km de distance). La défense anti-aérienne des séparatistes pouvait être satisfaite par d'autres matériels automoteurs nettement moins performants, mais dont l'approvisionnement ne serait pas si limité. Solonine en tire la conclusion que la mission du Bouk n'était pas une mission militaire mais une mission spéciale organisée par un service spécial.

Le Bouk qui a traversé la frontière russo-ukrainienne à Lougansk dans la nuit du 16 au 17 juillet s'est rendu à Donetsk puis, sur ses propres chenilles, sans sa plate-forme de transport, dans un champ près de la bourgade de Piervomaïsky à 16 km de la frontière russo-ukrainienne. Si le Bouk devait protéger les unités séparatistes voisines de Saour-Mogila, Marinovka et Dmitrovka il aurait pu le faire à partir du territoire russe de l'autre côté de la frontière. Ce Bouk est reparti vers le territoire russe le 17 au soir après avoir lancé un missile et abattu le Boeing du vol MH17 vers 16h20. Autre bizarrerie : l'itinéraire du vol AEROFLOT SU2074 Moscou-Larnaka a été modifié plusieurs fois. Ainsi le vol Nord Sud du 14 juillet, de Moscou à Larnaka a évité le territoire ukrainien en le contournant par l'Est, le 15 juillet le vol est passé au-dessus du territoire ukrainien mais en contournant le Donbass par l'Ouest mais les 16 et 17 juillet alors que le Bouk était au Donbass, le vol passait en ligne droite en coupant le ciel du Donbass au-dessus de Lozovaya, Krasnoarmeïsk et Marioupol.

L'hypothèse du Boeing abattu par un avion ukrainien étant absolument non tenable, il reste finalement trois thèses à l'explication de la catastrophe :