samedi 29 avril 2017

La "Provokatsiya" du KGB en Afghanistan est responsable des guerres intestines des années 90 et de l'essor des Talibans.

En plus d'avoir pris en charge la sécurité et le renseignement afghan (KHAD), le KGB joua un rôle direct dans la guerre grâce à ses forces spéciales, en particulier les unités KASKAD. Composées chacune de 145 hommes, elles étaient chargées d'infiltrer et de déstabiliser les Moudjahidines. Leur plus grand succès tactique fut probablement la création de faux groupes de moudjahidins, parfois en persuadant les chefs ennemis de changer de camp, puis en les utilisant pour tendre des embuscades aux véritables forces moudjahidines. Au début de l'année 81 par exemple, une unité KASKAD dans la province de Herat pris contact par le biais d'agents avec Khoda Shir-Aga Chungara, un chef de guerre tadjik à la tête d'un groupe de 250 hommes qui contrôlait 48 villages et d'importantes voies de communication. Les officiers du KGB allèrent sans armes rencontrer Chungara (nom de code ABAY) et le persuadèrent de prendre les armes contre ses anciens associés. Par la suite, Chungara "exécuta avec zèle toutes les instructions du KGB", en prenant part à 21 opérations avec les unités KASKAD et réalisant indépendamment 40 embuscades et éliminant 31 commandants moudjahidines. Les forces de Chungara augmentèrent de presque 900 hommes, et pendant les 2 premières années de collaboration avec le KGB, elles éliminèrent 20.500 combattants "ennemis". En 1982, les unités KASKAD réussirent à retourner 4 autres groupes de Moudjahidines, qui opéraient d'une manière semblable à celle de Chungara. Au début de l'année 83, on comptait 86 de ces groupes, que le KGB appelait "faux groupes", qui opéraient en Afghanistan en prétendant être des Moudjahidines et qui perturbaient les opérations des véritables mouvements de résistances. Certaines des luttes entre groupes des moudjhahidines qui ont menées au guerres intestines beaucoup plus sérieuses des années 90 ont été provoquées par le KGB.


La Guerre d'Afghanistan a sauvé le Département 8 (des Opération Spéciales) de la Direction S du PGU du marasme dans lequel elle était tombée dans les années 70. En 1982, l'Ecole de Formation des Opérations Spéciales de Balashika a créé un "Centre d'Entraînement pour l'Afghanistan" dirigé par V.I. Kikot', ancien officier de la Ligne F [ndt : chargé des "mokrie dela" : meurtres, enlèvements, sabotages... ] à la Havane et qui était au fait des méthodes de guerre irrégulière des Cubains. Le Département 8 réalisa aussi une étude détaillée des méthodes utilisées par la guérilla palestinienne et les terroristes contre les cibles israéliennes ainsi que par les Israéliens contre les bases palestiniennes au Liban. La contribution de Balashikha fut significative, quoique difficile à quantifier, et permit de mettre au point les méthodes visant à terroriser la population afghane : bombes incendiaires, napalm, gaz de combat, mines miniatures dispersées depuis les airs, et des jouets piégés visant à mutiler les enfants qui les trouvaient afin de démoraliser leurs parents.

Ce pays, déchiré par les rivalités ethniques et régionales, et qui endurait des conditions de guerre si terribles que des millions d'Afghans furent contraints de fuir et de chercher un refuge à l'étranger, était un terrain de jeu idéal pour le Service A [désinformation] qui pouvait y mettre en oeuvre ses techniques bien rodées d'exacerbation de la méfiance mutuelle. En plus des unités Kaskad, le Centre exacerbait les divisions entre Moudjahidines  avec l'aide d'agents capables, au moins par interrmittence, d'infiltrer leurs camps au Pakistan. En 1980, une lettre rédigée par le KGB et sensée provenir d'un membre du Hizb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar fut déposée au QG d'un chef moudjahidine rival, Muhammad Nabi Muhammadi, par un agent du KGB ou du KHAD (services secrets afghans contrôlés par le KGB). Cette lettre avertissait Muhammadi que Hekmatyar envisageait de l'éliminer. Dans le même temps, de faux tracts de Muhammadi dénonçant Hekmatyar étaient distribués dans les camps de réfugiés dans la région de Pechawar. Bien que les divisions entre groupes moufjahidines ne fussent pas sa création, le KGB contribua sans aucun doute à les rendre plus aigues. [...]


in "The World Was Going Our Way : the KGB and the Battle for the Third World" pp 409-410.

Lecture complémentaire: The KGB in Afghanistan. By Vasiliy Mitrokhin, July 2002.

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